Catherine Vidal (Banque Casino) : « Le monde de demain sera ouvert et hyperspécialisé »

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Catherine Vidal - Banque Casino

Catherine Vidal
Directrice Générale
Banque Casino

IN Banque : Comment se présente la Banque Casino au sein du groupe ?
Catherine Vidal
: La banque, qui a pour mission d’accompagner les clients des enseignes du groupe avec des solutions de paiement, est détenue à 50 % par le groupe Casino et à 50 % par le groupe Crédit Mutuel. Nous proposons une gamme complète de solutions de paiement et de financement 100 % digitale, 100 % dématérialisée. Nous avons plus de 2 millions de clients, environ 70 partenaires e-commerçants comme CDiscount, qui fait partie du groupe Casino, Promovacances, Pierre et Vacances, VideDressing… Et une position de leader – avec 25 % de parts de marché – sur le marché des paiements fractionnés.

Nous n’avons pas vocation à être une banque de dépôts. Notre ambition est d’être la première néobanque des consommateurs en France, avec des offres les plus fidélisantes possibles. Nous voulons être rupturistes, c’est pour cela que l’innovation est au cœur de tous nos investissements.

A l’heure actuelle, vos offres sont plutôt orientées B2B – est-ce que vous pouvez nous en parler ?
Oui, nous travaillons beaucoup en marque blanche, c’est peut-être pour ça qu’on nous connaît assez peu d’ailleurs. Nous nous concentrons surtout sur les cartes de paiement et les paiements fractionnés. Les Français apprécient de pouvoir payer en plusieurs fois un gros achat et ils considèrent que le paiement fractionné est un vrai service – qui souvent d’ailleurs détermine le lieu d’achat. Nous finançons plus d’un milliard d’euros d’achat par an en France en paiement fractionné, et ça croît très vite !

Pour répondre à de nouveaux modes de consommation, nous travaillons aussi sur des offres de location longue durée. Pour CDiscount, nous avons lancé mi-2018 de la location longue durée 100 % en ligne pour environ 1 000 références (téléphonie, gros électroménager…). Nous développerons davantage cette offre en 2019 dans les secteurs pertinents.

Enfin, aujourd’hui, dans les nouveaux modes de consommation, il y a l’omnicanal, et nous sommes très fiers de notre offre. On a d’abord dit que tous les produits et services devaient être dans les magasins. Puis que tout devait être sur le Web. En réalité, on s’aperçoit que tout doit être partout – y compris les offres de paiement et de financement : sur le site Internet du commerçant, sur ses plateformes téléphoniques et sur ses lieux de vente – s’il en a. Cela a l’air évident quand on en parle, mais il n’est pas si facile que cela d’avoir la même offre dans les trois environnements et avec la même facilité d’utilisation.

Et côté B2C, que préparez-vous ?
Avec Lydia, nous venons de lancer en décembre 2018 une offre de prêt instantané. Elle permet à un utilisateur disposant d’un compte vérifié sur Lydia, de souscrire un prêt instantané d’un montant de 100 à 1 000 euros, remboursable en 3 mois. Si l’utilisateur le souhaite, l’argent prêté est disponible sur son compte Lydia seulement quelques secondes après sa souscription. Le montant, l’échéancier du remboursement et le coût de l’emprunt sont affichés avant la souscription du prêt et la réponse est immédiate, sans justificatifs à fournir.
Nous développons aussi des projets sur le front de l’instant payment, mais ce sera plutôt pour fin 2019.

Comment comptez-vous vous servir de l’intelligence artificielle pour protéger davantage vos clients ?
Il se trouve que le client est extrêmement sensible à la fraude à l’usurpation d’identité, plus encore qu’à la fraude au paiement. Et là, l’intelligence artificielle permet de se battre sur plusieurs fronts.

Tout d’abord, certaines technologies permettent d’analyser la signature digitale d’un client et donc de déclencher des scores de probabilités de fraude.

Ensuite, l’analyse des justificatifs, demandés notamment dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent, est de plus en plus fine et les taux de détection de fraude sont de plus en plus élevés.

Enfin, l’analyse de la voix est aussi en train de se développer. Plus les commerçants se protègent contre la fraude sur Internet, plus elle se reporte sur les plateaux téléphoniques – pour modifier un RIB par exemple, ou une adresse postale. Certains algorithmes d’IA sont capables d’analyser l’empreinte digitale d’une voix et de la reconnaître – ce qui permet de reconnaître un fraudeur. Je pourrais en parler davantage lors de mon intervention dans le cadre d’IN Banque le 7 février prochain.

Comment souhaitez-vous travailler avec les néobanques ?
Nous pensons que le monde de demain sera ouvert, encore plus qu’aujourd’hui – d’ailleurs toute la réglementation va dans ce sens. Nous pensons qu’il y aura de multiples acteurs spécialisés. Ils seront chacun les meilleurs dans leurs domaines et ouvriront leurs services, soit en direct, soit via des plates-formes. Nous nous comptons parmi ces spécialistes-là.

Pour nous, les fintechs et les néobanques sont plutôt des partenaires potentiels que des concurrents. Nous ne sommes pas plus concurrentes des néobanques par exemple que nous ne l’étions hier avec les banques généralistes. Elles peuvent être fournisseurs ou partenaires.

Dans le domaine de l’assurtech par exemple, nous travaillons avec Utwin, spécialiste de l’assurance emprunteur. Et dans le domaine de la fraude, nous travaillons essentiellement avec des fintechs, ce sont elles qui proposent tous les systèmes de détection. Ainsi, Pindrop nous fournit une évaluation du risque des appels téléphoniques afin de détecter les fraudes et d’authentifier les appelants.

Catherine Vidal sera présente le 7 février lors d’IN BANQUE 2019 sur le thème de l’excellence numérique face au défi de la complexité des parcours clients.