Clément Francomme (Utocat) : « Volumétrie, coût d’opération et niveau de sécurité sont les points-clés dans le choix d’une blockchain »

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Clément

Clément Francomme
CEO
Utocat

Créée en 2014, la start-up Utocat est un éditeur de logiciels dans le domaine de la blockchain qui réalise 400 000 euros de chiffres d’affaires pour 17 collaborateurs et plus d’une dizaine de clients parmi les grandes banques et grands assureurs. Entretien avec son CEO, Clément Francomme.

IN Banque : Comment les technologies autour de la blockchain permettent d’améliorer la rapidité de certains processus ?
Clément Francomme : Je peux vous citer un exemple, c’est celui de l’investissement non côté : c’est un processus complexe, une fiscalité particulière, qui impose traditionnellement des délais importants liés à la transmission de documents papier et leur certification. Avec la blockchain, nous avons bâti un outil métier, Catalizr, qui est un gestionnaire de titres non côtés permettant la production automatique de documents, de preuves de transmission, et garantissant la fourniture du bon document au bon moment. Cela permet de réduire les délais à quelques jours contre plusieurs semaines, voire plusieurs mois sans la technologie blockchain.

Dans quels cas la blockchain paraît naturellement la plus adaptée ? Et quels sont les points de vigilance lorsqu’on veut se lancer dans un projet de ce type ?
La première question à se poser est effectivement quel est le type de problème que l’on veut résoudre et comment la blockchain peut alors aider. Nous apportons à nos clients une expertise métier et de process qui nous permet de les conseiller sur ces points. Pour moi les deux grands critères pour décider de la pertinence d’une blockchain en fonction du cas d’usage sont la volumétrie attendue et le coût d’opération. Je ne pense pas que la blockchain soit la meilleure solution par exemple dans le cas de très fortes volumétries, et il faut toujours se demander si le niveau de sécurité que l’on souhaite justifie le coût d’une opération, lequel augmente naturellement avec la taille de la blockchain. J’en parlerai davantage lors de mon intervention dans le cadre d’IN Banque le 7 février prochain, où je préciserai tout ceci.

Quel est votre argumentaire vis à vis des clients qui se posent la question de la confiance et de la transparence dans un univers blockchain souvent perçu comme nébuleux ?
D’abord nous abordons les problématiques de nos clients à travers leur ressenti dans l’usage des services : quelles insatisfactions, quels délais ? A partir de là nous les aidons avec les apports de la blockchain. Chez Utocat nous avons développé une technologie, Blockchainiz, qui est un connecteur d’accès à la blockchain, qu’elle soit publique comme Ethereum, ou privée, et qui permet à des clients comme Axa ou encore BNP de se focaliser sur leur métier, à la fois d’opérer des tests dans une logique de co-construction, et de disposer d’un environnement de production. Notre travail consiste à abstraire la technologie d’infrastructure, l’opération des portes-feuilles électroniques, pour que le client se concentre sur ses développements métier, tout en lui permettant de maîtriser la chaîne de valeur technique s’il le souhaite. Après la blockchain à l’avantage d’apporter de la transparence car ses informations sont non falsifiables.

Le bitcoin a déjà 10 ans mais on observe encore peu de projets blockchain en production. Quelle est la raison ?
Le bitcoin est une technologie mature certes, mais avec des limitations technologiques, notamment dans le développement de smart contracts. Et des technologies plus adaptées comme Ethereum ou Hyperledger sont encore récentes. Il y a déjà des domaines où la blockchain se révèle déjà très intéressante, comme le KYC ou la possibilité de transférer des titres d’entreprise non côtés. Sur ce dernier point, la réglementation vient de changer en France, ce qui préfigure sans doute une généralisation à l’échelle de l’Europe, offrant un cadre juridique pour l’utilisation d’une blockchain dans ces cas de figure, avec le niveau de sécurité supérieure qu’elle autorise. Les choses bougent.

Clément Francomme sera présent le 7 février lors d’IN BANQUE 2019 sur le thème Blockchain et crypto-monnaies : les apports à l’expérience client.