Cyril Chiche (Lydia) « Les services financiers du quotidien resteront à la base de notre ADN »

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Lydia, start-up lancée en juillet 2013 proposant une solution de paiement mobile, finira l’année 2018 avec 1,7 million d’utilisateurs contre 700 000 début janvier, selon son cofondateur, Cyril Chiche.


Cyril Chiche - Lydia Paribas

Cyril Chiche
CEO
Lydia

IN Banque : Après 5 ans d’existence, quel état des lieux pouvez-vous faire du service ?
Nous avons donc aujourd’hui plus de 100 000 nouveaux utilisateurs chaque mois. Il y a une très belle accélération depuis un an, sans publicité, ni acquisition payante. C’est juste un effet boule de neige, du bouche-à-oreille, de la croissance organique.

C’est aussi grâce à l’évolution des Français au sujet du paiement mobile, ils ont une appétence de plus en plus forte. Même si pour l’instant, ça reste évidemment un moyen de paiement émergent – en terme de proportion dans les échanges – par rapport aux cartes bancaires ou aux espèces. Mais c’est une émergence très dynamique.

Ca correspond aussi à ce qui passe partout ailleurs dans le monde, de la Suède à la Chine en passant par le Kenya. Nous avons démarré en France, mais depuis un an nous sommes aussi présents dans quatre autres pays de l’Union européenne : l’Angleterre, l’Irlande, l’Espagne et le Portugal.

Comment a évolué votre offre ?
Beaucoup, même si la vision initiale est inchangée : une seule interface pour toutes les opérations financières du quotidien. Aujourd’hui, avec Lydia et ses différents outils et services, on peut rembourser en temps réel – c’est notre produit initial et ce qui attire encore souvent les nouveaux utilisateurs, demander de l’argent ou en échanger avec d’autres personnes – le tout en renseignant simplement un numéro de téléphone ou un e-mail. Aujourd’hui, on sait que c’est un enjeu énorme. Mais on a été les premiers à le faire. Et il n’y a pas d’autres solutions à notre échelle sur ce terrain.

Dès le début, on a rajouté la possibilité de payer dans certains magasins et sites web partenaires. Et depuis quelques mois, on peut payer dans tous les magasins, dans toutes les applications et sur tous les sites Web – et même parfois retirer du cash, grâce à la possibilité d’émettre des cartes bancaires virtuelles ou plastique.

Comment travaillez-vous avec les autres acteurs concernés par le système du paiement mobile comme les constructeurs de téléphone et bien sûr les banques ?
Nous avons désormais des accords avec tous les systèmes concernés existant en France, c’est-à-dire Apple Pay et Samsung Pay. Avec votre compte Lydia, vous allez pouvoir payer avec votre mobile dans tous les magasins qui acceptent le sans contact, quel que soit le montant, et ce indépendamment de votre banque. Grâce à la DSP2, vous pouvez aussi depuis peu voir tous vos comptes en banque – et choisir quel compte utiliser pour dépenser de l’argent. Vous pouvez aussi émettre des virements depuis votre compte bancaire vers un compte tiers en passant par notre interface.

Ainsi, Lydia ne se pose pas en concurrent des banques, mais plutôt en interface au dessus des comptes en banque. Vous laissez donc votre argent sur votre compte en banque, mais vous utilisez Lydia comme interface. Cela permet d’avoir l’ensemble des transactions à un seul endroit, avec des fonctions très simples sur l’interface pour rechercher une dépense par exemple.

Aujourd’hui, si vous recherchez une dépense, et pour peu que vous ayez deux ou trois comptes, c’est de la spéléologie ! On se substitue donc à l’interface de votre banque, mais pas sur son rôle transactionnel, ainsi nous ne sommes pas en concurrence. Nous ne voulons pas que vous preniez votre argent pour le mettre chez nous. Nous ne voulons pas non plus que vous fassiez domicilier votre salaire chez nous. Ca concerne plutôt N26, Revolut ou Orange Bank qui sont des néo-banques, et qui veulent concurrencer Société Générale, BNP Paribas Barclays… Mais ce n’est pas notre rôle. J’aurai l’occasion d’y revenir lors de mon intervention dans le cadre d’IN BANQUE 2019.

En février 2018, lors d’une levée de fonds de 13 millions d’euros, CNP Assurances est entré au sein de votre capital. Que vous a apporté ce nouvel actionnaire ?
Nous venons de proposer à tous nos utilisateurs, via Lydia, d’assurer leurs téléphones et autres appareils mobiles. Cela, je peux vous dire en toute franchise que nous ne l’avions pas prévu. Mais nous avons eu l’opportunité de le faire grâce à CNP Assurances qui nous a rapidement proposé de réfléchir à une offre à proposer ensemble. Nous sommes facilement tombés d’accord. D’abord, parce que c’est vraiment cohérent par rapport à notre service. Du coup, ils nous ont permis de co-construire avec eux un produit sur-mesure qui a vraiment l’ADN de Lydia, qui nous ressemble, c’est-à-dire sans les mauvaises surprises habituelles… Il n’y ni carence, ni franchise, ni engagement. Le tout avec un prix très raisonnable par rapport au reste du marché. Ca apporte une bonne disruption et une bonne innovation pour l’utilisateur, c’est une belle opportunité, nous ne pouvions pas refuser.

Comment imaginez-vous l’évolution du service ?
Je souhaite que nous puissions régulièrement ajouter les services que l’on appelle services financiers du quotidien. J’en parlerai en détail lors d’IN BANQUE !

Quels sont vos objectifs de déploiement à l’international ?
Nous envisageons un développement géographique paneuropéen. C’est notre ADN depuis le début. Maintenant, nous faisons avec les moyens, les compétences et les équipes à disposition. Mais on a toujours voulu faire un produit européen. C’est pour ca que dès le début, il a été conçu pour être multi-langues et multi-devises. Il n’y a ni calendrier, ni priorité pour l’instant. Il est aussi possible que nous décidions d’ouvrir d’un coup tous les autres pays de la zone euro – tout est à l’étude. Le marché européen représente déjà 500 millions de personnes et nous n’en avons qu’1,5 million d’utilisateurs… Ce serait vraiment une idée saugrenue que d’aller se disperser beaucoup plus loin.

En plus, nous avons la chance d’être dans un environnement avec une règlementation unique, c’est sûr que ça aide beaucoup. Cela permet d’ouvrir un pays de manière très simple, en s’affranchissant de toute la partie conformité règlementaire locale. Quand on est un service digital, c’est quand même bien pratique. Cela évite d’avoir un produit par pays.

Quelle est votre vision de l’Open Banking pour vous et le secteur, ses bénéfices et ses limites ?
Je crois énormément à l’Open Banking mais pas que – à l’Open Innovation et à l’Open Data aussi. Tout cela permet de créer des services extraordinaires qui rendent la vie des gens infiniment plus simples. Je ne crois pas que qui que ce soit ait un intérêt à lutter contre ça. Et si l’on est réticent, c’est qu’on a une vision court-termiste.

Je n’ai pas besoin de vous dire tout ce que véhicule comme batailles une transaction financière. Nous devrions essayer d’avoir les meilleurs champions européens plutôt que de les brider – pour finalement laisser la voie libre aux énormes acteurs américains et chinois prêts à nous dévorer. Ce serait un calcul très maladroit. En tant que citoyen, la manière dont ces sujets sont traités, corporatiste et étroite, me paraît être le meilleur moyen pour que ça se termine mal. Donc oui à l’Open Banking et au reste.

Il y a quand des limites bien définies : la protection des consommateurs et des données personnelles, la lutte contre la fraude fiscale, le financement du terrorisme, et le blanchiment d’argent. Il ne faut pas transiger là dessus. Nous sommes actuellement dans un environnement très sensible, il faut être particulièrement vigilant.

Cyril Chiche sera présent le 7 février lors d’IN BANQUE 2019 pour partager sa vision de la banque de demain.