PriceHubble est une entreprise européenne fondée en 2016 et proposant des solutions d’analyse et d’estimation immobilière qui consistent à agréger des données sur les marchés immobiliers, (comme les prix et loyers des annonces, les dynamiques de marché, les caractéristiques des biens, les données de transaction, la performance énergétique, etc.) et les transformer en signaux clairs, concrets et précis pour les clients, répondant à leurs enjeux métiers. L’entreprise est positionnée dans plus d’une dizaine de pays, travaillant notamment avec de nombreuses banques, assureurs et courtiers crédits. Loeiz Bourdic est Chief Product Officer, avec la responsabilité de piloter la vision et la stratégie produit. Entretien.
IN BANQUE : L’immobilier est souvent perçu comme un actif à part dans la relation bancaire. En quoi représente-t-il un levier stratégique sous-exploité ?
Loeiz Bourdic : C’est en effet un paradoxe frappant. Le bien immobilier est à la fois le seul actif avec une valeur émotionnelle, et la plupart du temps l’actif – et le passif – le plus conséquent. C’est souvent le projet d’une vie, un marqueur identitaire fort, un sujet de conversation permanent. Et pourtant, dans la plupart des banques, la relation autour de ce bien s’arrête au moment de la signature du prêt. On finance l’achat, on met en place le prêt, et puis… plus grand-chose pendant 20 ou 25 ans, ou la prochaine vente ou acquisition
Ce silence est une gigantesque occasion manquée. Le bien immobilier évolue en permanence ; sa valeur change, le quartier se transforme, les besoins du propriétaire aussi. Ces évolutions sont autant de signaux qui indiquent où en est le client dans sa trajectoire de vie. Et aujourd’hui, grâce à la donnée et à l’IA, il est possible d’interpréter ces signaux de manière fine et en temps réel.
Vous parlez beaucoup de « lien ». Concrètement, comment une banque le matérialise-t-elle autour de l’immobilier ?L’immobilier est le support idéal pour créer ce lien, parce qu’il combine trois propriétés rares : forte charge émotionnelle, valeur patrimoniale élevée, et évolution permanente. Encore faut-il donner au client une raison récurrente de revenir vers sa banque sur ce sujet.
C’est précisément ce que nous permettons, à travers une logique en deux temps : pull and push.
Le pull, c’est un espace propriétaire en marque blanche, intégré aux parcours digitaux de la banque. Le client y retrouve tout ce qui concerne son bien : valorisation actualisée, dynamiques du marché local, biens comparables, performance énergétique, évolution de la valeur depuis l’acquisition. Un espace intuitif, utile, qu’il consulte spontanément – un peu comme on consulte le solde de son livret. C’est le socle. Sans ce point d’ancrage, la banque n’a pas de territoire légitime pour parler immobilier à son client en dehors des moments de financement.
Le push vient se greffer sur ce socle, sous forme de signaux contextualisés.
Quels types de signaux ?
Nous distinguons deux familles, qui répondent à deux intentions très différentes : les signaux faibles, ou informatifs, et les signaux forts, ou déclencheurs.
Parmi les signaux faibles : un voisin met son bien en vente, un permis de construire est déposé à proximité, le marché local connaît une dynamique notable, le DPE moyen du quartier évolue… Ces signaux n’indiquent pas un projet imminent du client, mais ils sont pertinents pour lui. Leur rôle : entretenir le lien, ramener le client dans son espace propriétaire, ancrer la banque comme tiers de confiance sur le sujet immobilier. C’est du nurturing au sens propre.
Et parmi les signaux forts : le bien du client vient d’être mis en vente sur un portail. Un DPE vient d’être réalisé. Un permis de construire a été déposé sur sa parcelle… Là, on ne parle plus d’entretien du lien : on parle d’un projet en cours, parfois déjà avancé, sur lequel la banque ou l’assureur doit se positionner immédiatement. Financement d’un nouveau bien, accompagnement à la vente, résiliation d’assurance emprunteur, optimisation patrimoniale, libération d’un capital à réinvestir ; autant d’opportunités que la banque peut saisir si elle est au courant à temps. Et qu’elle perd, sinon, au profit d’un concurrent.
Et l’IA dans tout ça, comment intervient-elle et sur quoi s’appuie-t-elle ?
L’IA fait deux choses essentielles. J’aurai l’occasion de les développer lors de mon intervention dans le cadre d’IN BANQUE 2026, mais d’abord, elle permet de passer d’une logique déclarative – « le client nous dit qu’il a un projet » – à une logique prédictive et contextuelle. En croisant la valorisation du bien, les dynamiques du marché local, les caractéristiques du prêt en cours et les signaux faibles disponibles, on identifie en amont les clients qui entrent dans une phase de réflexion patrimoniale. Une hausse de 20 % de la valeur du bien combinée à un prêt à mi-parcours et à un quartier en tension : la probabilité d’un projet dans les 12 mois devient mesurable.
Ensuite, l’IA qualifie et priorise. Tous les signaux n’ont pas la même valeur, et un conseiller noyé sous 200 alertes hebdomadaires ne traite plus rien. Nos modèles scorent chaque signal selon sa pertinence métier, son urgence, et le potentiel de revenu associé. Le conseiller reçoit une short-list actionnable, pas un flux brut.
Le point clé : ces signaux n’existent pas dans les données transactionnelles classiques de la banque. Ils nécessitent une couche de données immobilières externes, structurées et interprétées par des modèles spécialisés. C’est exactement ce que nous apportons.
Comment ces signaux se traduisent-ils par des actions concrètes pour les conseillers ?
Détecter un signal n’a de valeur que si on le transforme en action pertinente, au bon moment, avec le bon message. C’est pourquoi nous ne livrons jamais de la donnée brute : nous construisons une chaîne complète, du signal à l’action.
Concrètement, cela prend trois formes selon le degré de maturité de la banque et la nature du signal.
Cela peut être une alerte qualifiée dans le CRM du conseiller, avec le contexte client, le signal détecté, et une recommandation d’action : initier une conversation patrimoniale, proposer un rendez-vous, déclencher une simulation de financement. Le conseiller arbitre, mais il arrive informé.
Mais aussi un déclenchement automatisé vers le client, quand le signal s’y prête et que la banque l’a paramétré : une notification dans son espace propriétaire, un email contextualisé, une mise en avant d’un service pertinent. Le client revient vers la banque de lui-même, parce que l’information lui est utile.
Ou bien un mix des deux, qui est souvent la bonne réponse : on prévient le client dans son espace, et on alerte le conseiller pour qu’il prenne le relais s’il y a engagement.
Ce n’est plus du marketing de masse. C’est du conseil contextualisé, individualisé à l’échelle d’un portefeuille de plusieurs milliers de clients. Le conseiller reprend la main au moment opportun, et reprend surtout sa vraie valeur : celle d’un expert qui parle au client quand c’est pertinent pour lui.
N’est-ce pas là un changement culturel profond pour les banques, habituées à attendre que le client vienne avec son projet ?
Absolument. C’est probablement le plus grand défi, et il n’est pas technologique ; il est organisationnel et culturel. Passer d’une banque réactive à une banque proactive demande de repenser les workflows des conseillers, les indicateurs de performance, la gouvernance de la donnée, et même la relation de confiance avec le client autour de l’usage de ses données.
Sur ce dernier point, je pense qu’il faut être très clair : l’IA ne doit pas être perçue comme un outil de sollicitation commerciale déguisée. Elle doit être au service d’une promesse de valeur réelle pour le client : lui faire gagner du temps, lui apporter une information utile, l’aider à prendre de meilleures décisions sur son patrimoine. Quand c’est le cas, les clients non seulement acceptent cet usage de leurs données, mais ils l’apprécient.
Les banques qui réussiront ce virage seront celles qui auront su articuler technologie et confiance. L’IA est un formidable accélérateur de relation à condition qu’elle serve une intention sincère d’accompagnement.
Quel message central souhaitez-vous délivrer à un décideur bancaire ?
Lors de mon intervention du 23 juin à l’événement IN BANQUE, je veux montrer, avec des exemples concrets issus de nos déploiements, comment des institutions européennes utilisent déjà l’IA et la donnée immobilière pour transformer leur approche du conseil et du nurturing client. Comment on peut réactiver des bases dormantes, fidéliser des clients en phase de transition de vie et créer de la valeur de part et d’autre de la relation. Le client se sent mieux accompagné, et la banque génère de nouvelles opportunités de revenu.
L’immobilier est souvent traité comme un produit. Je voudrais que les participants repartent avec la conviction que c’est avant tout un lien, et que ce lien, bien exploité grâce à l’IA, peut devenir le cœur d’une relation bancaire durable et différenciante.
Loeiz Bourdic interviendra lors de la session dédiée à l’innovation Data & IA dans le cadre de l’événement IN BANQUE 2026, le 23 juin à Paris.
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