Cyril Armange (Finance Innovation) : « La vraie question de l’Open Banking, c’est comment se positionner vis à vis des GAFAM »

Share Button

Finance Innovation est un pôle de compétitivité mondial dédié à l’accompagnement et à la croissance des projets innovants dans l’industrie financière française. Il rassemble plus de 500 membres parmi les pouvoirs publics, collectivités territoriales, grands comptes, TPE/PME ou encore fintechs… Entretien avec le Directeur des partenariats et de la Communication de la structure, Cyril Armange, autour des tendances d’innovation numérique dans la banque et l’assurance et notamment de l’Open Banking.


Cyril Armange - Directeur des partenariats et de la Communication

Cyril Armange
Directeur des partenariats et de la Communication
Finance Innovation

IN Banque : Quelles tendances se dégagent dans le monde des fintechs ?
Cyril Armange :
J’en citerai trois : les nouveaux moyens de paiement, les technologies d’automatisation autour de l’intelligence artificielle et de la blockchain, et l’insurtech.

S’agissant de l’intelligence artificielle, on observe nombreux cas d’usage en big data, pour la blockchain on en est plus au stade des POC (NDLR: Proof Of Concept). Mais pour moi le grand dynamisme aujourd’hui c’est l’insurtech : l’assurance va prendre le pas sur les fintechs avec des moteurs comme l’UBI (NDLR : Usage Based Insurance), la lutte contre la fraude, la télémédecine, l’apport d’offres complémentaires et de nouveaux courtiers…

J’ajouterai peut-être à ces trois grandes tendances les regtechs, ces start-up spécialisées autour de la question de la conformité, qui est plus un marché de niche mais la finance est, on le sait, un secteur très réglementé.

Est-ce que la France est particulièrement dynamique dans les nouvelles technologies de la finance ?
Disons que la vague fintech a débuté de manière un peu plus tardive en France, par rapport notamment au Royaume-Uni, mais aujourd’hui la France se présente indubitablement comme un hub européen pour la fintech : il y a structuration d’un écosystème sur la chaîne de la valeur ajoutée, écosystème composé d’incubateurs, accélérateurs, laboratoires, associations et bien sûr de structures comme Finance Innovation. L’Etat, les pouvoirs publics sont présents également pour accompagner le secteur même si la flexibilité est moindre que dans certains autres pays en Europe ou en Asie.

Il y a un grand dynamisme en early stage, avec beaucoup de VC (NDLR: Venture Capitalists ou capitaux-risqueurs) : 10% des investissements tricolores en tech sont dans la fintech, Finance Innovation a enregistré plus de 550 start-up dans le domaine, environ 200 millions d’euros ont été levés au 1er trimestre 2018 contre 300 pour l’ensemble de l’année 2017… Mais c’est un peu l’arbre qui cache la forêt, car le marché présente des fragilités : 72% des postes sont en région parisienne, il y a très peu de femmes, les emplois sont nombreux mais avec un très fort taux de freelance, et surtout nous n’avons pas de licorne française dans le domaine, nos fintechs restent, toutes proportions gardées, de petites tailles.

Quelle est votre vision de l’ouverture des données bancaires à des tiers, permise par la directive DSP2 ?
Je pense que c’est le sens de l’histoire que les banques puissent ouvrir leurs données, les banques ont tout a y gagner. Il y a parfois des réticences mais certains grands réseaux, comme le Crédit Mutuel Arkéa embrassent déjà l’Open Banking. Cela va prendre du temps, mais on entre dans une nouvelle ère, où les fintechs vont pouvoir gagner en légitimité, proposer de nouveaux services mais aussi où les acteurs bancaires traditionnels vont avoir l’occasion d’enrichir les produits, d’assurer une meilleure fidélisation.

La vraie question à mon sens c’est comment le secteur va se positionner vis à vis des GAFAM (NDLR : Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), qui auront tous les moyens de se positionner comme nouveaux acteurs financiers tout en manipulant déjà de gros volumes de données très structurées. C’est un des éléments de débat pour la conférence IN BANQUE du 7 février.

Quels autre sujets sont importants actuellement pour Finance Innovation
Nous organisons bientôt notre événement FinTech community où, en plus des thèmes que je viens d’évoquer, nous aborderons la loi PACTE qui définit le cadre juridique des levées de fonds en ICO (NDLR : Initial Coin Offering, méthode de levée de fonds fonctionnant via l’émission d’actifs numériques échangeables contre des cryptomonnaies), mais aussi, Finance Innovation étant coordinateur du réseau FrenchTech, la valorisation des écosystèmes régionaux comme par exemple Bordeaux ou Brest.

Finance Innovation est partenaire d’IN BANQUE 2019 qui se tiendra le 7 février 2019.