
Avec 1,6 million de clients et 46 milliards d’euros d’encours, Arkéa Direct Bank (Fortuneo & Keytrade Bank) accélère son développement. François Deltour, son Président du Directoire revient sur une année 2025 record et décrypte les mutations profondes d’un secteur où l’IA et la fragmentation des usages redéfinissent la valeur ajoutée bancaire.
IN BANQUE : Pouvez-vous présenter Arkéa Direct Bank, ses activités et ses chiffres clés ?François Deltour : Arkéa Direct Bank est la filiale de banque en ligne du groupe Crédit Mutuel Arkéa. C’est l’une des rares banques en ligne à opérer deux marques fortes dans deux pays européens : nous opérons sous la marque Fortuneo en France et Keytrade Bank en Belgique.
Notre thèse stratégique est de faire d’Arkéa Direct Bank (Fortuneo et Keytrade Bank) des acteurs de référence de la banque en ligne généraliste à ADN patrimonial. Nous couvrons aujourd’hui la quasi-totalité des besoins financiers : offre 100 % digitale de comptes courants, de moyens de paiement, de crédits immobiliers, d’épargne bancaire et de services d’investissement, avec une expertise reconnue sur les produits complexes comme la Bourse ou l’assurance vie.
À fin 2025, nous comptions 1,6 million de clients pour 46 milliards d’euros d’encours gérés, en hausse de 12 % par rapport à fin 2024. Notre plan 2030 prévoit un doublement de cette base clients, conjugué à une optimisation de notre coefficient d’exploitation pour assoir une rentabilité durable et supérieure aux standards du secteur.
Quelle est la place d’Arkéa Direct Bank au sein du Crédit Mutuel Arkéa et quelles sont les synergies avec le groupe ?
Elle est centrale et multidimensionnelle. Arkéa Direct Bank est avant tout un puissant moteur de diversification et de conquête commerciale. Elle nous permet de capter des segments que les réseaux physiques atteignent moins naturellement : les cadres urbains, les « digital natives » et une clientèle autonome à fort potentiel de capitalisation. C’est un levier d’affranchissement géographique par rapport aux territoires historiques du groupe.
Autre élément clé : l’architecture ouverte. Nous proposons une gamme de produits larges et sommes agnostiques dans leur sélection entre l’interne et l’externe ; seule compte la performance offerte à nos clients. Lorsque les produits de filiales du groupe sont compétitifs et adaptés à une commercialisation digitale, ils sont naturellement privilégiés. Cela permet de mieux diffuser les offres des filiales, notamment en assurance vie ou en gestion d’actifs.
Enfin, nous agissons comme un laboratoire d’innovation à échelle réelle. En nous frottant quotidiennement à une concurrence technologique mondiale, nous servons de fer de lance sur des sujets comme les architectures API, la modularisation technologique ou le selfcare avancé.
Certaines bonnes pratiques peuvent ensuite être diffusées dans les réseaux physiques ou les autres filiales. Cette mutualisation est conduite avec discernement, afin de préserver l’agilité et la différenciation indispensables à la réussite d’une banque digitale.
D’un point de vue organisationnel, l’intégration d’Arkéa Direct Bank au pôle Banque De Détail du Groupe, aux côtés des réseaux Crédit Mutuel de Bretagne, Crédit Mutuel du Sud-Ouest et de la banque privée garantit cette cohérence stratégique.
Quel bilan tirez-vous de l’activité en 2025 ?
2025 a été une très bonne année pour Arkéa Direct Bank. C’était la première année du plan stratégique, et elle était donc particulièrement structurante. Nous avons enregistré une très forte conquête client, avec près de 300 000 nouveaux clients en brut et notre PNB a atteint un record historique. En 4 ans, notre base de clients a augmenté de plus de 70% au global (+105% sur la France).
L’activité Bourse a été exceptionnelle et affiche une progression de 45 % du volume de transactions par rapport à 2024. Cela s’explique en partie par un contexte de marché dynamique, notamment la volatilité, mais aussi par l’attractivité de notre offre : un positionnement solide, des ajustements tarifaires, et la mise en avant d’ETF avec des offres de type free trade. Nous constatons d’ailleurs l’arrivée d’une nouvelle génération d’investisseurs, plus jeunes et digitaux natifs
Cette dynamique se traduit par un apport net de près de 5 milliards d’euros d’encours gérés supplémentaires dans un contexte de marché pourtant volatil. Ces résultats confirment la solidité du modèle.
Quelles sont vos priorités et vos projets pour 2026 ?
Cette année est dédiée à l’accélération. Nous investissons fortement en marketing, dans l’élargissement de l’offre et dans l’expérience client. La conquête client reste une priorité, avec un renforcement des dispositifs d’acquisition, notamment les offres de bienvenue, les parcours d’entrée en relation et le travail sur le référencement, y compris dans les moteurs d’intelligence artificielle générative.
L’expérience client constitue un autre axe majeur. Nous travaillons en continu à simplifier les parcours, à réduire le nombre d’étapes, et à améliorer le selfcare. Un nouvel espace client a été déployé en France en début d’année et les questionnaires clients sont refondus en Belgique. Nous apportons également des évolutions sur notre application mobile.
Nous poursuivons aussi l’extension de l’offre, notamment sur l’épargne et des services extra-bancaires.
L’intelligence artificielle est aussi un levier important, à la fois pour automatiser certains processus et pour améliorer la relation client. Nous avons déployé des assistants IA en interne pour accompagner les équipes, notamment les équipes de middle office, tout en maintenant un contrôle humain rigoureux.
Le contexte de marché reste globalement favorable, notamment pour les activités d’épargne. Nous observons aussi un intérêt croissant des jeunes pour la Bourse, ce qui constitue un levier de développement. Enfin, la concurrence des néobanques est intense, mais elle valide l’attractivité du marché et nous pousse à nous différencier par la qualité de service et l’étendue de notre offre.
Quelle est votre vision du marché de la banque digitale à moyen terme ?
Nous sommes convaincus que la banque en ligne va continuer à gagner des parts de marché en France et plus largement en Europe. C’est d’ailleurs sur cette base que le Groupe a fait le choix d’investir fortement dans ce segment. Les tendances de marché confirment cette dynamique. Entre 2021 et 2025, les banques traditionnelles ont perdu des clients, tandis que les banques en ligne et les fintech en ont gagné 15 millions.
Le consommateur est prêt, et le marché repose sur plusieurs facteurs clés de succès : la capacité à faire croître la base client pour atteindre des économies d’échelle, et la rapidité d’intégration des innovations, notamment l’intelligence artificielle.
Les attentes clients évoluent : ils recherchent de la clarté, de l’instantanéité, de l’autonomie, tout en conservant pour la plupart un besoin d’accompagnement ou de réassurance sur les moments importants, comme le crédit ou certains placements.
On observe aussi une fragmentation de la relation bancaire. Le concept de banque principale est en train de devenir désuet au profit d’une logique où les clients choisissent le meilleur acteur pour chaque usage : paiement, épargne, crédit ou investissement.
Le succès des banques en ligne repose notamment sur trois éléments : un bon rapport qualité-prix, la capacité à tout faire en ligne de manière autonome et instantanée, et un niveau élevé de satisfaction client.
Par ailleurs, le cadre réglementaire, avec des dispositifs comme DORA ou DSP3, joue un rôle clé. Bien calibrée, la réglementation constitue un gage de sérieux et un facteur de confiance pour les clients, notamment dans un monde de fraudes sophistiquées. Dans ce contexte, être une banque pleinement régulée reste un élément central pour rassurer les clients et se différencier d’autres acteurs.
François Deltour interviendra lors du débat « Les évolutions et innovations dans la banque digitale » de la conférence IN BANQUE 2026 le 23 juin à Paris.
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