
Ramify se positionne comme une alternative digitale à la banque privée, en combinant technologie et accompagnement humain. Son cofondateur, Samy Ouardini, détaille un modèle hybride qui séduit une clientèle patrimoniale en quête de simplicité et revient sur le rôle de l’intelligence artificielle dans l’industrialisation du conseil.
IN BANQUE : Comment est né Ramify ?
Samy Ouardini : Ramify est né d’une conviction simple : il était possible d’allier le digital aux exigences de la gestion privée. Longtemps, ces deux univers ont été opposés, entre des solutions en ligne destinées à des profils autonomes et des offres patrimoniales plus traditionnelles. Nous avons voulu dépasser cette logique en proposant une plateforme 100 % digitale, tout en conservant le niveau d’exigence et de rigueur d’un conseiller en gestion de patrimoine ou d’une banque privée.
Le modèle repose sur trois piliers : une large diversité de produits, un accompagnement à 360 degrés (ingénierie patrimoniale, conseil fiscal, solutions de financement) et une approche hybride, où tout peut se faire en ligne tout en conservant un conseiller dédié, disponible à tout moment.
Quels sont aujourd’hui vos activités et vos chiffres clés ?
Nous avons commencé à commercialiser nos produits en 2022. La vision est restée la même, mais l’offre s’est progressivement enrichie : assurance vie, PER, immobilier, private equity, assurance vie mineurs, assurance vie luxembourgeoise, PEA, puis des actifs plus diversifiés comme la crypto, l’art ou l’investissement dans les startups. L’objectif est de proposer une allocation complète, adaptée à chaque client.
Nous comptons aujourd’hui un peu moins de 10 000 clients, avec entre 300 000 et 400 000 euros investissables en moyenne.
L’équipe rassemble environ 25 personnes, dont cinq conseillers à temps plein. La majorité des effectifs est composée de profils tech et marketing, avec un fort investissement dans les outils pour améliorer la productivité et la gestion opérationnelle.
Nous ne communiquons pas sur les encours, mais la collecte s’établit actuellement entre 20 et 30 millions d’euros par mois.
Qui sont vos clients ?
Le client type a environ 50 ans et dispose d’environ 300 000 euros investis sur la plateforme. Il s’agit le plus souvent de cadres à hauts revenus ou de professions libérales.
Ce sont des clients qui ont déjà eu une expérience avec la banque traditionnelle ou la banque privée, sans en être pleinement satisfaits. Ils ont constitué un patrimoine, souvent après une première phase centrée sur le crédit, puis ont été orientés vers la banque privée.
Avec le temps, ils prennent conscience de l’importance de structurer leur épargne, notamment à l’approche de la retraite, et cherchent une alternative. Nos clients ne sont pas experts et ne veulent pas consacrer leurs week-ends à gérer leurs investissements, même s’ils savent que le sujet est important. Ils recherchent avant tout un accompagnement de confiance.
Ils commencent généralement par investir des montants limités pour tester le service, avant d’augmenter progressivement leurs placements. Nous les qualifions parfois de « majorité silencieuse » : des profils peu visibles mais nombreux, qui ont besoin d’être accompagnés.
Quels sont vos actualités et vos projets pour l’année à venir ?
Nous avons pour ambition de construire une véritable institution financière avec plusieurs branches. Après la distribution, nous avons lancé en 2025 une activité d’asset management, avec une équipe de gestion interne et des fonds que nous commercialisons.
Nous développons également une troisième activité, tournée vers l’équipement d’autres acteurs, notamment des conseillers en gestion de patrimoine et des banques privées, à qui nous proposons nos outils en marque blanche.
Nos ratios opérationnels suscitent beaucoup d’intérêt : là où un conseiller gère en moyenne 150 clients dans un modèle classique, nos outils permettent d’augmenter significativement cette capacité, grâce à l’automatisation et à l’intelligence artificielle.
A ce propos, qu’est-ce que l’intelligence artificielle change dans votre manière de gérer ou d’accompagner les clients ?
Du point de vue du client, cela ne change rien : il attend avant tout une proposition d’investissement claire, pertinente et efficace.
En revanche, en interne, cela change tout. L’intelligence artificielle permet de gagner en efficacité sans dégrader la qualité. Nous avons développé des outils qui assistent les conseillers à chaque étape : génération automatique de fiches clients, comptes rendus, actions de suivi ou préparation des documents. Les tâches administratives, qui pouvaient prendre une à deux heures, sont désormais réalisées en quelques minutes, ce qui permet de consacrer davantage de temps à la relation client.
L’IA est aussi utilisée dans les processus opérationnels, notamment pour traiter des documents ou interpréter des e-mails entrants. Là où l’automatisation classique était limitée, elle permet d’aller beaucoup plus loin en analysant des contenus non structurés.
Nous sommes ainsi passés d’un niveau d’automatisation d’environ 85 % à des niveaux proches de 100 %, tout en conservant une validation humaine systématique. L’objectif reste le même : augmenter la productivité sans dégrader la qualité de service, en outillant les conseillers plutôt qu’en les remplaçant.
Samy Ouardini interviendra lors du focus sur l’IA dans le conseil financier lors de l’événement IN BANQUE 2026 le 23 juin à Paris.
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